Je suis un fanatique de Chet Baker. Ça tient de l’envoutement. Je suis rentré dans un cinéma en 1989, j’y ai vu le film de Bruce Weber « Chet Baker, Let’s get lost » et depuis sa musique m’accompagne comme une seconde peau. Du coup, bien que le film soit un documentaire biographique, je me suis attaché à lire tous ce qui me tombait sous la main au sujet du trompettiste. Et découvrir son parcours fût un vrai jeu de piste tant il est vrai que bien des zones d’ombre jalonnent son existence.
Sur les traces de
Chet Baker – Bill Moody
Bill Moody, par ailleurs Batteur de Jazz, a inventé un personnage du nom de Evan Horne. Ce dernier est Pianiste de Jazz et Détective privé. L’auteur emmène son intrigue à Amsterdam ou Chet Baker est décédé dans des circonstances jamais vraiment élucidés. Le style de l’écriture est assez passe partout et plus qu’un polar c’est un roman à énigmes. On le lit sans déplaisir.
CHET – Roman - Alain Gerber
Alain Gerber est un conteur né. Les auditeurs de
France Musique sans "s" se souviennent de l'avoir écouté, bien avant
cette formidable série quotidienne du "Jazz est un roman". Il est
vrai que pour lui les deux se confondent. Gerber propose des parcours-découverte
dans le roman du jazz qui invite le lecteur à la rencontre des personnages qui
ont marqué l'histoire de cette musique. Alain Gerber est un portraitiste. Son
but n’est pas de nous donner une biographie exacte. Son but : nous faire
aimer et découvrir les artistes qu’il aime.
Suivant l'exemple de Woody Allen qui, dans "Accords et
désaccords" réussissait à nous entrainer dans les méandres de la
personnalité d'Emmet Ray, improbable guitariste, resté obscur dans l'histoire
du jazz, il parvient à nous faire croire à "son" histoire, par une
construction filmique appuyée sur des séquences où se télescopent des
témoignages de personnes censées avoir connu Chet Baker, ou s'être intéressées
à son cas.
On rencontre ainsi des silhouettes fictives ou réelles sur lesquelles la
lumière se braque quelques instants, laissant toujours à Chet la meilleure
place. De toute façon, il y a deux personnages "principaux" avec
lesquels on chemine, Chet et sa trompette. Il s'approprie l'anti-héros Chet, le
transforme en écrivant son propre roman. Et pourtant, Alain Gerber n'enquête
pas comme un limier de roman noir, un Chandler fouineur qui s'emploierait à
déterrer des épisodes croustillants, voir interlopes. Le choix du genre
romanesque correspond à cette extraordinaire existence : la vie de Chet a été
comme "une mise en scène de la légende par la réalité", ainsi que le
souligne son autobiographie Comme si j'avais des ailes, "ébauche de
mémoires longtemps refusée à la mémoire du jazz".
Comme si j’avais
des ailes – Chet Baker
Ce livre est une ébauche d’autobiographie, commencée et jamais achevée par Chet
Baker. Texte très court, agréable à lire. Il complète très bien le bouquin de
Gerber.
La longue
nuit de Chet Baker – James Gavin
Parue en 2002 aux Etats-Unis, “Deep in a Dream-The Long Night of
Chet Baker” nous est arrivé en France avec un parfum de scandale.
L’auteur, James Gavin, journaliste au New-York Times, n’a omis
à vrai dire aucun détail sordide sur le voyage de Chet Baker au
pays des seringues. Avec ou sans ordonnance, l’ange déchu prend ici les traits
d’un junkie sans foi ni loi qui se tue dans tous les sens du terme: cramponné à
son prochain fix, Chet ne pense à rien d’autre. Ses amours, ses
enfants, ses amis, il les expulse de sa bulle… Il trahit toute la confiance
qu’on a en lui, et il trahit trop souvent aussi sa musique, à coup de concerts
bâclés où le seul public qui l’intéresse est le dealer du coin…
Chet sous un mauvais jour, donc… James Gavin se donne un
mal de chien pour dépeindre Chet comme le dernier des fils de pute. Ce n’est
pas une biographie c’est un rapport de police, un casier judiciaire. Loin de
moi, l’envie de trouver des excuses ou de magnifié les faiblesses d’un junkie.
Le problème de ce livre est qu’on y parle plus de trahison et de drogue que de
musique.
Pour résumer l’ouvrage je reprendrai les paroles du pianiste Enrico Pieranunzi : « Pour les américain, chet n’était qu’un drogué.Pour nous (les européens) c’était un grand artiste avec un grand problème.C’était un homme qui avait besoin d’aide. Il trouva en europe de nombreux amis sensibles à sa fragilité, sa timidité, son drame intérieur. »
Malgré tout pour se faire une idée de l’univers de Chet Baker, le mieux est encore d’acheter ses disques.




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