j'ai depuis quelques années une bible : Talkin' that talk. Le langage du blues et du jazz (Broché)
de Jean-Paul Levet. C'est un livre explicatif qui vous permet de savoir de quoi parle Réellement les blues de Muddy Waters ou de Lightnin' Hopkins. Qu'on se le dise : Talkin' That Talk (Jean-Paul Levet, éditions Kargo, 2003) n'est pas un livre. C'est une bouée de sauvetage, à lancer en direction de tout naufragé de la terminologie jazz et blues. Au fil des 566 pages de cette réédition (bien augmentée par rapport à l'édition originale, et incluant des termes plus modernes), riche en citations ou paroles (de blues, essentiellement) qui replacent le terme dans son contexte, le lecteur apprendra tout, ou presque, sur :
L'origine du surnom de quelques centaines de musiciens :
Kenny (Clarke) got called Klook. It really should sound like Klook, because of something he used to do on drums, sort of a riff, he played that sounded like 'klook-a-mop'.
La signification de nombreux termes du vocabulaire jazzistique :
BLOCK-CHORD : Litt., bloc d'accords. Technique pianistique, caractéristique de Milt Buckner, où les deux mains jouent en accords, donnant par là l'impression d'être liées (on parle aussi de locked-hands style).
SET : Pour un musicien, passage sur scène, souvent d'une trentaine de minutes.
Mais Talkin' That Talk est aussi, avant tout même, un dictionnaire du langage de la rue, essentiellement Afro-Américain, avec tout ce que cela implique de références raciales et culturelles, et en cela, un outil précieux pour décrypter les paroles de la plupart des blues :
THE MAN : 1. L'homme blanc.
Tell your married men
How to keep young wives at home
Just do a job and roll for The Man
And try to carry your labor home.
(Outside Woman Blues, Blind Joe Reynolds, 1930)
2. Par extension, la police.
I'd rather be sloppy drunk
Sittin' in the can
Than to be out in the streets
Running from the man
(Sloppy Drunk, Leroy Carr, 1930)
POTATO : Pomme de terre.
1. Mec, type. Petite amie, jeune fille.
2. Organes génitaux.
If you don't like my sweet potato
What made you dig so deep
Dig my potato field
Three or four times a week
(You'll Never Miss Your Jelly 'till Your Jelly Roller Gone, Lil Johnson, 1929)
Une mine de renseignements, présentés de façon intelligente et accessible. Le compagnon papier indispensable à l'amateur curieux ! Ci dessous d'autres exemples qui devrait vous donner envie de l'acheter.
1. HOODOO
Terme probablement d'origine africaine
Ensemble de croyances, coutumes et de pratiques magiques importées d'Afrique,
mêlées à des éléments d'origine européenne, cubaines (influence de la santeria)
et intégrant des savoirs faire indiens notamment en matière d'utilisation des
plantes. Les survivances africaines (Yoruba, Fon…) apparaissent assez
clairement dans certaines pratiques comme celles liées au carrefour (cf.
crossroads) et aux traces de pas (cf hot foot powder). L'utilisation des
plantes doit beaucoup aux croyances indiennes ; mais leur utilisation dans le
hoodoo n'est que marginalement à visée médicinale : le hoodoo doctor est moins
un guérisseur, un herboriste qu'un sorcier.
Il faut distinguer hoodoo de voodoo (vaudou) ; les 2 termes coexistent en
Louisiane mais renvoient à des pratiques différentes, le terme voodoo étant peu
employé dans les autres régions du Sud. Dans les endroits où les termes
cohabitent, il apparaît que hoodoo est plus particulièrement utilisé par les
Noirs en zone rurale et le terme voodoo par les Blancs ou les Noirs urbanisés.
Le hoodoo met l'accent sur les pratiques magiques, sur les dons et pouvoirs
individuels ; il n'entretient que peu de liens directs avec une religion. Du
panthéon africain des dieux, seul Legba apparaît dans le hoodoo : c'est le
black man, le dark man, en d'autres termes le devil (voir ce terme), que l'on
peut croiser au carrefour (crossroads)
Synonymes : conjuration, witchcraft (2 termes anglais standards signifiant
respectivement évoquation des démons, incantation et sorcellerie/magie noire)
et rootwork, mot mettant en relief l'importance centrale des racines.
Les termes hoodoo man/woman, root doctor, root worker, conjure, conjurer,
cunjure ou conjure man/woman ; quant au terme two-headed doctor, il est plus
spécifiquement employé en Floride.
Robert Johnson dans Stones In My Passway décrit un ensemble de phénomènes
typiques des pratiques hoodoo : allusions à sa trace (cf hot foot powder),
route obstruée (block), encombrée de pierres (cf crossing), manifestations
physiques décrites (perte d'appétit, douleurs), sentiment que son chemin est
devenu noir, qu'on veut attenter à sa vie et l'éloigner de son amour ; cet
ensemble de manifestations l'amène à la chute inéluctable : il est victime d'un
mauvais sort, il doit s'en aller :
I got stones in my passway
And my road seem dark as night
I have pains in my heart
They have taken my appetite
(…)
Now you trying to take my life
And all my loving too
You laid a passway for me
Now what are you trying to do
(…)
I got three legs to truck on
Boys please don't block my road
I been feeling ashamed about my rider
Babe, I'm booked and I got to go
Stones In My Passway, Robert Johnson (1937)
2. BARRED
Litt : barré, empêché. Sous l'influence d'un mauvais sort, ensorcelé :
I
wrote you a letter mama,
Put it in your front yard
I would love to come to see me
But your good man got me barred
Writin' Paper Blues, Blind Willie McTell (1927)
3. BLACK CAT
Le black cat, le chat noir, est, comme dans les systèmes de croyance européens,
un mauvais présage ; s'il croise la route de quelqu'un, celui-ci, pour éviter
le mauvais œil qui lui est ainsi promis, n'a plus qu'à faire demi-tour et à
rentrer chez lui :
I don't know why
But I sure don't get no mail
It must be one o' them old walkin' black cats
Been walkin', walkin' all over my trail.
Black Cat Trail, Carolina
Slim (1952)
Mais dans le monde du jeu, de la loterie (cf policy, numbers) et des activités
illicites, le chat noir est plutôt présage de bonne fortune.
Black cat bone : tous les root doctors interviewés par Zora Neale Hurston ou
Harry Middleton Hyatt qui étudièrent les traditions hoodoo dans les années 30,
précisent que le chat noir possède un os qui possède le pouvoir de rendre son
utilisateur invisible ou de rendre un amour perdu dans la mesure où le chat est
ébouillanté vivant à minuit. L'identification de l'os donne lieu à diverses
croyances. Une fois repéré, l'os est oint de Van Van Oil puis glissé dans une
main mojo : il peut alors agir pour faire revenir un amour perdu
4. CONJURE LADY (MAN)
Dans le hoodoo, personne douée de pouvoirs occultes (voyance, capacités
d'envoûtement ou de guérison...) :
I've got to see the conjure man soon
Because these gin-house blues is campin' round my door
I want him to drive 'em off
So
they won't come back no more
The Ginhouse Blues, Bessie Smith (1926)
Parmi les plus célèbres, Sanité Dédé (fin du XVIIIè), Marie Laveau (1794-?), la
plus célèbre des figures du vaudou, qui la supplanta vers 1820 et disait tenir
ses pouvoirs du serpent (d'où
son surnom de `Snake Marie', sa fille `Tite Marie' Laveau, toutes trois de La Nouvelle-Orléans
,
Ida Carter et, plus près de nous puisque décédée en 1944, Aunt Caroline Dye :
Well I'm going to Newport
To see aunt Caroline Dyer
She's a fortune-teller
Oh Lord, she sure don't tell no lie
Hoodoo Woman, Johnny Temple (1937)
5. CROSSING
Pratique magique basée sur le fait de mettre en travers du chemin de la
personne visée de la poussière, des herbes, des aiguilles ou autres, le
"mal" entrant par le pied au moment où celle-ci franchit la marque.
Par extension, synonyme de jinx
6. CROSSROADS
Le carrefour, lieu où des chemins se croisent, fait l'objet de croyances
diverses un peu partout dans le monde. Dans le hoodoo, le crossroads est un
lieu où l'on pose ou enterre des préparations variées selon les effets
recherchés ; mais c'est aussi le lieu par excellence où l'on peut acquérir un
pouvoir , un savoir ou une technique (jeu de cartes, instrument de musique, art
de la danse ou de la prise de parole…).
Dans le rituel généralement décrit, celui qui désire acquérir un tel pouvoir
doit attendre à un carrefour 3 ou 9 nuits particulières ; durant ces visites
successives, il doit être témoin de l'apparition d'animaux (les plus
fréquemment cités sont le poulet, le chien et le taureau, tous noirs) et lors
de la dernière, c'est le "devil" (voir ce terme) qui va apparaître
et, s'il ne s'enfuie pas de peur, il recevra le don désiré.
Dans son enregistrement "Cross Road Blues" de 1936, et bien qu'étant
incontestablement initié (Hellhound on my Trail, Come On In My Kitchen et
Little Queen Of Spades contiennent des références explicites respectivement à la Hot Foot
Powder, au
nation sack ou à la main mojo), Robert Johson fait bien plus référence aux
aléas de l'auto stop qu'au rituel hoodoo. Le mythe selon lequel il aurait cédé
son âme au diable pour devenir un maître de la guitare trouve probablement sa
source dans ce rituel du crossroads, mais l'interprétation la plus communément
avancée qui en fait un héros faustien, est largement ethnocentrique et jamais
le devil, au sens où l'entend le hoodoo, ne se propose de faire griller pour
l'éternité l'âme ainsi cédée (cf devil).
7.
CURSE
Sortilège :
Says I believe, I believe, the good Lord has put a curse on me
I believe, I believe, the good Lord has put a curse on me
Because every woman that I got, some man takes away from me
Blue, Black And Evil, Leroy Erwin (1947)
8. DEVIL
Le devil, selon les informants, est indistinctement aussi appelé "big
black man", "rider" ou "little old funny boy", c'est
le descendant des dieux des carrefours, dont Legba. Il a peu à voir avec
Méphistophelès et le mythe faustien du pacte avec Dieu ; il s'agit plutôt d'un
mentor, d'un sage doublé d'un professeur enseignant une technique et la
sagesse.
"If
you want to learn how to make songs yourself, you take your guitar and you go
to where the road crosses that way, where a crossroads is. Get there, be sure
to get there just a little 'fore 12 that night so you know you'll be there. You
have your guitar and be playing a piece there by yourself...A big black man
will walk up there and take your guitar and he'll tune it. And then he'll play
a piece and hand it back to you. That's the way I learned to play anything I
want."
Interview de Ledell Johnson citée par David Evans in Tommy Johnson
Le rituel du crossroads est l'un des plus communément pratiqué dans le hoodoo
comme le montre les très nombreux témoignages recueillis par Harry Middleton
Hyatt entre 1935 et 1939 (Hoodoo - Conjuration - Witchcraft - Rootwork, Alma C.
Hyatt Foundation, 1970-1978) :
"If you want to know how to play a banjo or a guitar or do magic
tricks, you have to sell yourself to the devil. You have to go to the cemetery
nine mornings and get some of the dirt and bring it back with you and put it in
a little bottle, then go to some fork of the road and each morning sit there
and try to play that guitar. Don't care what you see come there, don't get
'fraid and run away. Just stay there for nine mornings and on the ninth morning
there will come some rider riding at lightning speed in the form of the devil. You
stay there then still playing your guitar and when he has passed you can play
any tune you want to play or do any magic trick you want to do because you have
sold yourself to the devil. "
Interview recueillie à Ocean City
,
Maryland
.
"You go out there [to the forks of a road] about four a'clock, jis'
commence dawnin' day, jis' about crack of day -- an' start a-pickin' at de
guitar. Yo' go jis' onest. An' they says de devil came out an' take it -- jis'
somepin will pull it from you, you jis' give up to it. An' he'll tune up an'
hand it back to you and you start to play . You can pick any song you want to
pick."
Interview recueillie à Wilmington
,
North Carolina
.
9.
DOCTOR (Root Doctor, Goofer Doctor, Snake doctor, Two Headed / faced Doctor) :
sorcier, guérisseur, jeteur de sorts :
I'm a snake doctor man
Got my medicine, I say, in my bag
I mean to be a real snake doctor man
And you know I don't mean to be no quack
(...)
I know many of you men are wondering
What the snake doctor man got in his hand
He's got roots and herbs,
Steals a woman, man, everywhere he land
Snake Doctor Blues, Jaydee Short (1932)
10.
DOUBLE EYED (ou HEADED, SIGHTED)
Qui a des dons de double-vue, voyant :
Double-Eyed Whammy, Freddy King (1966)
11.
DREAM BOOK
Litt : `Livre des rêves'.
Ces opuscules, publiés par les
organisateurs des loteries clandestines (cf numbers), sont destinés à guider
les parieurs dans leurs choix en leur fournissant des listes de nombres
supposés entretenir d'étroites relations avec leur expérience, leur histoire et
leurs rêves :
I'm gonna buy me a dream book
See what my dreamin' means
I dreamed I was mixin' sweet milk
With my baby's cream
Dream Book Blues, Tommy Griffin (1936)
Parmi les plus populaires, `Aunt Della's Dream Book', `Aunt Sally's Policy
Players Dream Book', `The Gypsy Witch Book' et `The Three Witches Dream Book'.
12. DYE, Aunt Caroline
Une des conjure ladies dont le peuple du blues a conservé la mémoire :
I'm goin' to Newport News
Just to see Caroline Dyer
She's a fortune telling woman
Oh Lord, and she don't tell no lies
Aunt Caroline Dyer Blues, Memphis Jug Band (1930)
Quoique dise le Memphis Jug Band, elle était de Newport, Arkansas et non de
Newport News
13. FIX
Mauvais sort. V. Jeter un sort, envouter :
I'm going In Louisiana
I'm gonna get me a mojo hand
I wanna fix my woman
So she can have no other man
Mojo Hand, Lightnin' Hopkins
(1962)
D'où `fixer' sorcier, personne douée de pouvoirs surnaturels :
Oh, baby I'm the fixer
I am the fixer
I'm the fixer pretty baby
I got everything that you need
I'm The Fixer, Willie Mabon (1963)
14.
GOOFER
|
Goofer
dust : Mélange dont les ingrédents de base sont de la boue prise dans un
cimetière, du sel et de la poudre de sulfure ; d'autres ingrédient, peuvent
être adjoints (tête de serpent ou os broyés, poivre rouge ou blanc, peau de
serpent, d'herbes en poudre…) utilisé dans le hoodoo pour jeter le mauvais
œil sur un concurrent de n'importe quelle nature. Répandue devant la porte
d'entrée elle protège du mauvais oeil; quand elle est brulée par un root
doctor, elle permet de jeter un sort; saupoudrée sur l'oreiller, elle est
censée provoquer la mort du dormeur...
Gettin'
sick and tired of the way you do 'Time, mama, I'm gonna pizen you
Sprinkle goopher dust around your bed
Wake up some mornin', find your own self dead.
I don't know, Cripple Clarence Lofton (1939)
|
Pour
se prémunir de la "poussière goofer", le port à la cheville d'un
bracelet avec 9 Devil's shoestring et une dime en argent est recommandé, mais
jeter du sel dans les coins de la maison, laver ou balayer le sol sont aussi
utilisés pour éviter au mal de "d'empoisonner les jambes" (poison the
legs).
|
15. GYPSY
Tzigane, bohémienne; joue un grand rôle
(divinatoire et/ou maléfique) dans de nombreux blues :
The
gypsy woman told my mother
Before I was born
`You got a boy child comin'
Goin' to be the son-of-a-gun
He gonna make pretty women
Jump and shout...
Hootchie Cootchie Man, Muddy Waters (ca 1952)
|
|
16. HAND
Hand, lucky hand, hoodoo hand, voodoo hand ou
mojo hand : cf mojo hand
Dans cette acception, hand dérive peut-être de "Lucky hand root"
(un ingrédient pour amulette à destination des joueurs, nom d'une racine
d'orchidée assez rare ou de l'utilisation d'os de la main dans la fabrication
des mojo.
Lord,
I know many of you mens,
Wondering what the snake doctor got in his hand
He's got roots and herbs
Steals a woman, man, everywhere he land
Snake Doctor Blues, J.D. Short (1932)
|
17. HEAL
Guérir,
cicatriser
One night I was layin' down
I feel so bad, so low, so low
Blues came along
Heal me heal me
The Healer, John Lee Hooker (1989)
Healer :
Guérisseur, guérisseuse
Blues
is the healer
All over the world
He heal me
He can heal you
The Healer, John Lee Hooker (1989)
18. HELL HOUND
Selon
Samuel Charters, cette image fait probablement référence aux `chiens de
l'enfer' promis aux pêcheurs coléreux par les églises noires I got to
keep moving (2)
Blues falling down like hail (4)
And the day keeps on mindin' me
There's a hell-hound on my trail
Hell-hound on my trail (2)
Hell Hound On My Trail, Robert Johnson (1937)
19. HEX
Sortilège,
mauvais sort
Won't
you tell me baby
Who can your good man be
I woke up this morning baby
With a hex all over me
I Couldn't Stay Here, Charly
Jordan
(1936)
20. HOOTCHIE-COOTCHIE
(Hootchy-Kootchy, Hooch)
Féticheur, personne douée de pouvoirs
magiques
got a
black cat bone
I got a mojo too
I got John The Conqueroo
I'm
gonna mess with you
I'm gonna make you girls lead me by my hand
Then the world'll know
I'm a hootchie cootchie man.
I'm Your Hootchie Cootchie Man, Muddy Waters (1953)
22. JINXING
Pratique magique dans laquelle la
malédiction, le mauvais sort proviennent d'un mélange d'herbes, de
poudres et de liquides divers jeté dans la cour de la victime. Le
jinxing
est sensé produire du mauvais œil, de la déveine chronique (bad luck).
Jinx désigne ainsi par extension, la déveine, la guigne.
Personne ou objet portant malheur; sort, mauvais sort
I'm gon' cut out playing policy
Because my numbers just won't fall
Somebody's put jinx on me
Oh well, well, and I can't have no luck at all
Cut Out Blues, Peetie Wheatstraw (1936)
23. JOHN THE CONQUEROR ROOT (JOHN THE
CONQUEROO)
Racine dite Jean le Conquérant / Jean le
Vainqueur. En langage scientifique (ipomoea jalapa)
Sous ce terme on trouve en réalité 3 sortes de racines :
la racine tubéreuse de ipomoea jalapa, proche de la patate douce ou High
John The Conquer
la racine de trillium grandiflorum, variété de lis ou Low John, plus
rarement appelée The Conqueror
la racine de alpina galanga, variété de gingembre appelée Chewing John
ou Little Joh to Chew ; des 3, seule cette dernière est ingérée (mâchée
ou en jus)
Cette racine apparaît dans le nombreux préparations magiques et
notamment dans la main ou le sachet mojo (cf mojo hand/bag) sensés
apporter puissance et prospérité. Elle n'est jamais ingérée (la plante
est un laxatif puissant).
My pistol may snap, my mojo is frail
But i rub my root, my luck will never fail
When i rub my root, my John the Conquer root
Aww, you know there ain't nothin' she can do, Lord,
I rub my John the Conquer root
I was accused of murder in the first degree
The judge's wife cried, "Let the man go free!"
I was rubbin' my root, my John the Conquer root
Aww, you know there ain't nothin' she can do, Lord,
I rub my John the Conquer root
Oh, i can get in a game, don't have a dime,
All i have to do is rub my root, i win every time
When i rub my root, my John the Conquer root
Aww, you know there ain't nothin' she can do, Lord,
I rub my John the Conquer root
My John The Conquer Root, Muddy Waters (1964)
I got a black cat bone
I got a mojo too
I got John The Conqueroo
I'm gonner mess with you
I'm gonner make you girls
Lead me by my hand
Then the all world'll know
I'm the hootchie Kootchie man.
Hootchie
Cootchie Man, Muddy Waters (1953)
Elle tirerait son nom du surnom d'un esclave
(High John the Conqueror) réel ou mythique, réputé être le fils d'un roi
africain et dont la vie aurait été un exemple pour ceux qui brulaient de
se rebeller mais étaient effrayés de le faire ouvertement. Son habileté
à tromper son maître, à le rouler dans la farine était légendaire, ce qui en
fit, à l'instar de Br'er Rabbit, un héros dans l'imagerie populaire.
Le talisman le plus puissant, le plus fameux, du folklore
négro-américain; il est sensé ramener l'amant(e) infidèle, fortifier son
amour ou forcer la chance dans les jeux de hasard:
24. JOMO
Forme inversée de mojo (voir ce terme)
It must be a black cat bone, jomo
can't work that hard,
Every time I wake up, Jim Tampa's in my yard
Jim Tampa Blues, Lucille Bogan (1927)
25. JUJU
Terme d'origine africaine, aujourd'hui
peu usité . Fétiche, talisman gris gris / Celui qui pratique la magie,
est doué de pouvoirs surnaturels
They
say there ain't no woman that a man can trust
That they all use juju, and goofy dust
But I don't argue baby
And I ain't gonna make no fuss
'Cause I'm glad, glad, glad, I'm so glad baby
That you put it on me
You Put It On Me, BB King (1968)
26. MOJO HAND (MOJO BAG)
Dans le hoodoo, préparation magique
inserré dans un petit sac de flanelle Syn : nation sack (porté
uniquement par les femmes), ou conjure bag, hand, lucky hand, root bag,
mais aussi toby (dans le Maryland) et gris-gris ; le terme wanga est
plus particulièrement utilisé dans les Caraîbes.
La main mojo est généralement portée par celui qui en attend des
bénéfices, mais elle peut être placée dans des lieux qu'elle fréquente ;
elle ne doit être touchée ou vue que pas son possesseur, au risque
qu'elle perde tout effet bénéfique
Just
keep your hands off a' my mojo, you can't cut off my luck
Now, keep your hands off a' my mojo, if you ain't got a buck
Time's is hard as hard can be
I don't want no broken man messin' 'round with me
Keep your hands off a' my mojo, you ain't got no time for me
Keep Your Hands Off My Mojo, Leola B. Wilson & Kid Wesley Wilson
(1932)
I'm goin' down in New Orleans
Get me a mojo hand
I wan' show all you good-lookin' women
Just how to treat your man
Louisiana Blues, Muddy Waters (1950)
Ce talisman est censé raviver les sentiments
amoureux, provoquer le désir, empêcher l'adultère:
Lord I'm goin' to Louisiana
I'll get me a mojo hand
I say I'm going to Louisiana
I'll get me a hoodoo hand
I'm gonna stop my woman
An fix her so she can't have another man
Two Strings Blues, Little Hat Jones (1929)
sous peine de défécation ou de menstruation
pendant le coït pour la femme, ou d'impuissance pour l'homme,
Well, I'd like to love you baby
But your good man got me barred
Talking To Myself, Blind Willie McTell (1930)
voire même de mort :
Well I love you mister Charlie
Honey, God knows I do
But the day you try to quit me
Brother, that's the day you die
Staggering Blues, Rosie Mae Moore (1928)
27.
NATION SACK/BAG
Peut-être de 'donation'.
Petite bourse portée par les preachers itinérants et dans laquelle ils
gardaient les offrandes de leurs fidèles. Pour les prostituées, bourse
portée entre les cuisses, le bruit des pièces attirant les clients.
Cette bourse est plus généralement utilisée pour cacher des objets
personnels de valeur, et notamment les mains mojo ; le nation sack n'est
porté que par les femmes, généralement à la taille plutôt qu'au cou ; le
terme est spécialement utilisé dans la région de Memphis :
Oh-ah,
she's gone
I know she's won't come back
I've taken her last nickel
Out of her nation sack
Come On In My Kitchen take 1, Robert Johnson (1936)
28.
RABBIT FOOT
pied de lapin, ingrédient utilisé dans les pratiques magiques :
A gal
for me, had a great infatuation
She wanted me to marry her but she had no situation
When I refused, she near went wild,
Says, I'm bound to hoodoo that child
She went and got a rabbit foot
She buried it with a frog
Right in the hollow of an old burnt log.
Right on theroad where I had to walk along
Ever since then my head's been wrong.
I've
Been Hoodooed, Jim Towel (1928)
29.
Red flannel
`Flanelle rouge', tissu préféré des `hoodoo men' pour la préparation des
`mojo hands' : "Il [Buddy Bolden] buvait tout le whisky qu'il
pouvait trouver, ne portait jamais ni col ni cravate, laissait voir sa
chemise grande ouverte pour permettre aux femmes de voir sa flanelle
rouge, et s'en payait toujours une tranche."
Alan
Lomax, Mister Jelly Roll
She had
red flannel rags
Talked about hoodooin' poor me
Chant de Whistling Alex Moore cité par Paul Oliver in Conversation
With The Blues
30.
ROOT
Charme, maléfice, sort, gris-gris :
Mama
here come your root man
Open the door and let him in
It's just about time
You using some of your good roots again
(...)
There is one thing baby
You want the root all by yourself
But you know I'm a doctor mama
I don't give it somebody else.
Root
man blues, Walter Davis (1935)
31.
SEVEN
La symbolique du 7 est omniprésente dans de nombreuses civilisations,
notamment hébraîque, perse, grecque, romaine ou encore dans l'Inde ancienne.
Pour
la Bible
, le
7 a
un caractère sacré : le 7ème jour, c'est le sabbat;
Dieu a mis 6 jours pour créer le monde et il s'est reposé le 7ème. En
Hébreu, le mot "jurer" signifie étymologiquement "faire 7
fois"; faire 7 fois, c'est donc passer un accord sacré. Lorsque
Abraham passe un accord avec Abimelech, il utilise d'ailleurs 7 agneaux.
Le chiffre 7 est par ailleurs un chiffre sacré dans la symbolique
maçonnique.
Dans ce contexte, il n'est donc pas étonnant de retrouver dans les
pratiques magiques des Noirs américains (cf hoodoo) le chiffre 7 associé
à de nombreuses superstitions, généralement bénéfiques (sauf dans le cas
notable des 7 ans de malheur)
I'm so
superstitious
Broke a mirror one day
I'll have seven years bad luck,
Honey, so they say
Superstitious Blues, Joe Brown (1927)
32.
SPIDER
L'un des ingrédients utilisé dans les préparations magiques.
Lady of the spiders :
synonyme de conjure lady
I been
so unlucky, baby
I found a spider in my stew
Oh, I didn't know what happened, baby
I got so much confidence in you.
Spider in my stew, Buster
Benton
(ca 1980)
33.
SPRINKLE
Répandre, saupoudrer. Dans le hoodoo, le fait de répandre une poudre
(hot foot powder, goofer dust…) à laquelle on attribue des pouvoirs
spéciaux, se fait en marchant en arrière.
You
sprinkled hot foot powder, mmm
Mmm, around my door
All around my door
It keep me with ramblin' mind, rider
Every old place I go
Hellhound On My Trail, Robert Johnson (1937)
34. TOBY
Charme, talisman :
Toby Woman Blues, Gene Campbell (1931)
35. TRICK
Charme, mauvais sort :
I got a
gypsy woman giving me advice
I got a whole lot of tricks, keeping them on ice
I got my mojo workin'
but it just won't work on you
Got my mojo working, Muddy Waters (1957)
36.
VOODOO
D'un terme africain signifiant esprit ou Dieu
. Le vaudou est une religion uniquement pratiquée à
La Nouvelle
Orléans
, par des descendants d'Haïtiens (installés depuis la
rebellion d'esclaves de 1803). Le vaudou orléannais a grandement
dégénéré depuis les années 30, se mâtinant de catholicisme, de
spriritualisme et de hoodoo, perdant quelque peu son caractère
religieux. Le contact avec Haïti redonne au voodoo contemporain son
caractère religieux.
37. WHAMMY
Malédiction, sortilège :
If I
could forget about you, baby
I wouldn't be in so much misery
Yes but I think I understand, baby
You must have put your, put your whammy on me
She Put The Whammy On Me, Freddy King (1962)
38.
WORK
Pour un charme, un envoûtement, un mauvais sort, agir, faire effet.
I got a
gypsy woman giving me advice
I got a whole lot of tricks, keeping them on ice
I got my mojo workin'
but it just won't work on you
Got my mojo working, Muddy Waters (1957)
En cadeau Bonus ma favorite : FUNK : forte odeur de sueur ou de sperme!
Alors on est Funky?
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